Un gentleman s’en est allé...

Page 3 /3

1956 : Paul FRERE décline l’offre de Mercedes pour piloter une 300 SL aux 1000 Miglia, mais accepte l’offre de François Landon (chef du service compétition de la Régie Renault) pour piloter une Dauphine (52 cv à 6000 tr/m, 5 vitesses) aux côtés de Maurice Trintignant, Louis Rosier, Jean Rédélé et l’excellente Gilberte Thirion qui, au sein de l’écurie, battra ses équipiers, pilotes réputés de F 1 !
Quelques semaines plus tard, il termine 3e à Silverstone sur une Jaguar MK VII, puis à Francorchamps, il gagne la course sur la nouvelle Jaguar 2,4 L devant la Porsche Carrera de Sailer et la Mercedes de Bonnier. Il gagne aussi, le même jour, en catégorie 2 litres avec la Ferrari de l’ENB.
Après un an d’absence en Formule 1, à la suite d’un concours de circonstances (Musso s’est cassé un bras et Hawthorn a été engagé par Maserati), Paul FRERE est quasi obligé (sous la pression de ses amis et de Ferrari) de monter dans la 5e voiture de la Scuderia pour le GP de Belgique : il terminera 2e derrière Peter Collins et devant Stirling Moss ! Quel dommage que John Healt, constructeur des HWM qui vient de se tuer aux 1000 Miglia, ne soit pas là pour voir sur le podium 3 pilotes à qui il a offert pour la première fois un volant en monoplace.
Aux 12 Heures de Reims, il termine 2e sur une Jaguar d’usine, associé au pilote vedette Mike Hawthorn. Il participe ensuite à des tentatives de record de vitesse à Monza pour Carlos Abarth (1100 cc et 220 km/h !).
Aux 24 Heures du Mans 56, il abandonne après 6 minutes de course sur sortie de route.
Il termine 7e au général du Tour de France Auto sur une Alfa Romeo Giulietta Sprint Veloce.
Fin octobre, au volant de la Ferrari 2 Litres de l’ENB, il termine 3e du GP de Rome derrière les Maserati de Behra et Schell mais devant toutes les autres Ferrari.
Abandon au Tour de Corse sur une Dauphine officielle (bris de roulement de roue avant).

1957. Pour le lancement de la Dauphine aux U.S.A, Paul FRERE participe aux 12 Heures de Sebring. Il termine 37e des 38 voitures classées, subissant 60 fois l’affront de se voir dépasser par la Jaguar qu’il pilotait l’an dernier. Après la course, il fera 16000 km aux Etats-Unis en 5 semaines au volant de la Dauphine !
De retour en Europe, il gagne sa catégorie aux 1000 Miglia sur la petite Renault qui réalisera des prouesses dans les cols de la Futa et de la Raticosa : sur 107 km, la Dauphine de Paul FRERE ne mettra que 3’ 13’’ de plus que la Porsche RS 1500 de Maglioli et 15’’ de MOINS (!!!) que la meilleure des Porsche Carrera, celle de Strähle.
Aux 24 Heures du Mans, Pierre Stasse qui dirige l’Equipe Nationale Belge, lui confie une Jaguar type D. Associé à Freddy Rousselle, il terminera 4e après avoir longtemps occupé la 2e place (une pointe de tungstène du rupteur cassée sur le circuit demandera à Rousselle 1 heure pour réparer).
Victoire aux 12 Heures de Reims sur une Ferrari GT officielle associé à Olivier Gendebien.

1958. Paul FRERE participe avec Pierre Stasse au Rallye Monte Carlo sur une Borgward Isabella TS. Après une sortie de route dans l’Ubaye, proches de l’arrivée, ils perdent leurs chances de bien figurer au classement.
En mai, il termine 2e du GP de Spa sur l’Aston Martin DBR 2 officielle derrière la Lister Jaguar de Masten Gregory.
En juin, il est incorporé à l’équipe Porsche pour piloter une des trois 550 RSK avec Barth : il finiront 4es et 1ers de catégorie.
Aux 1000 km du Nurburgring, il termine 2e de catégorie et 7e au général sur la Porsche 1500 associé à Harry Schell.
12 Heures de Reims : victoire avec Olivier Gendebien sur la Ferrari 250 GT de l’an passé et ce, malgré l’éclatement du pare-brise à 250 km/h !
Il terminera la saison 58 au Congo et participe à un rallye sur Porsche 1600 puis au Grand Prix de Léopoldville sur une Ferrari de l’ENB. Il abandonne sur bris de pont alors qu’il était en tête.

1959. Il participe aux 1000 Miglia sur une Dauphine officielle.
Au GP de Spa, Paul FRERE réalise la pôle avec la Porsche 550 RSK de l’usine. En tête de l’épreuve, il abandonne sur bris de soupape suite à un surrégime (9000 tr/mn !!!) et il paiera son amende envers ses mécanos : un casier de bière !
Il fait équipe avec Trintignant pour les 24 Heures du Mans sur Aston Martin : ils termineront 2es derrière l’autre Aston de Salvadori et Shelby.
Toujours associé à Trintignant, il termine 4e du Tourist Trophy à Goodwood.
Paul FRERE s’embarque ensuite pour le grand prix routier d’Argentine sur une petite NSU 600 cc bicylindre : il fera des étapes à plus de 110 km/h de moyenne. Une épreuve de 4000 km de piste et de désert avec des cols à plus de 3000 mètres. Il abandonnera après avoir été tamponné par une Borgward qui le suivait.

1960. Le premier janvier, il gagne le GP d’Afrique du Sud sur une Cooper à moteur arrière devant Stirling Moss.
Il se rend ensuite par la route avec sa Porsche privée en Sicile pour le GP de Syracuse qu’il termine à la 5e place sur la Cooper de l’ENB.
2 semaines plus tard, il termine 5e du GP de Bruxelles puis 6e du GP de Pau, toujours sur la Cooper. Il participe ensuite, à la demande d’Enzo Ferrari, aux essais de la Targa Florio sur une Ferrari officielle.
Il termine 9e des 1000 km du Nurburgring sur une Porsche 1600 et gagne le GP de Spa sur une Porsche RS 60 : sa 11e victoire à Francorchamps !
Le dimanche 26 juin 1960, la Ferrari Testa Rossa n° 11 officielle de l’équipage FRERE – GENDEBIEN franchit victorieuse la ligne d’arrivée des 24 Heures du Mans. Ce fut la dernière course de Paul FRERE couronnée par cette victoire tant attendue.

Refusant toutes ces années le titre et le statut de pilote professionnel, Paul FRERE a suivi en amateur les voies qui convenaient le mieux à son caractère et à ses aspirations.
Ingénieur de talent, technicien éclairé, il a toujours privilégié son métier de journaliste et l’éducation de ses 3 enfants aux contraintes et aux risques, importants à l’époque, de la profession de pilote.

Il est certainement l’amateur le plus doué que le sport automobile ait jamais connu.
Sportif dans l’âme, il a pratiqué assidûment le tennis, le ski de neige et nautique, l’athlétisme et l’aviron où il a aussi décroché des titres nationaux. Il a fait de la compétition motocycliste sous toutes ses formes (vitesse, trial, motocross).
Paul FRERE a toujours considéré le sport en général comme un dérivatif physique et mental nécessaire, jamais comme un but en soi.

A toutes ces qualités qui ont fait de lui un champion d’exception, il faut ajouter ses qualités humaines : Paul FRERE a toujours fait preuve d’une grande humilité et d’une incroyable disponibilité à l’égard d’autrui, et ce, malgré son succès.
Ses articles dans des revues aussi réputées que le « Flat Six Magazine » ou encore «Le Moniteur de l’Automobile – De Autogids» font aujourd’hui encore référence.
Toujours avide de connaissances et de découvertes automobiles, il s’est vu confier en 2003 l’essai de l’Audi R8 victorieuse au Mans et honore de sa présence chaque année l’arrivée du rallye RN7 Historique dont il est le Président d’Honneur, sans oublier bien sûr ses fréquents déplacements sur de nombreux circuits européens.


Tout simplement, Paul FRERE est et restera dans nos mémoires, le meilleur exemple du « gentleman driver ».



Michel DARTEVELLE

3/3