Chers amis de la N7,

Je tiens à vous remercier tous pour les nombreux et gentils messages de soutien que vous m'avez adressés à l'annonce du décès de Papa.

Bien trop affectée par sa disparition et empreinte de son souvenir, je serai bien incapable de prendre à mon tour le micro lors de la prochaine soirée de gala du rallye de la N7, pour évoquer son souvenir, mais je suis persuadée que pour tous ceux qui l'ont connu, l'atmosphère sera pesante ce soir-là.

Tous, nous nous efforcerons et ferons en sorte malgré tout que l'édition 2008 de la N7 s'achève dans la joie qui l'a toujours animée, parce que tel aurait été le souhait de Papa qui appréciait notre joie de vivre collective.

Encore merci à tous et ... à bientôt.

Nicole Taquet-Frère


Un gentleman s’en est allé...

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Champion automobile d’exception, Paul Frère fut aussi un brillant ingénieur en même temps qu’un journaliste réputé, mais il était surtout un grand humaniste toujours à l’écoute et au respect d’autrui.

Paul Frère : un prénom et un nom qui sonnent de manière si familière à l’oreille des passionnés d’automobile.
Paul a toujours fait partie de notre culture tant mécanique que sportive et sa disparition nous laisse tous tragiquement orphelins. C’est vrai que nous le croyions éternel.

Pilote de talent, il a couru sur tous les circuits du monde, au volant de toutes les voitures imaginables, des plus modestes aux plus puissantes, et toujours avec succès.
S’il a arrêté la compétition en 1960 après sa victoire aux 24 heures du Mans, Paul a continué à consacrer toute sa vie à l’automobile.

Ingénieur méticuleux, il n’a cessé de disséquer les multiples facettes de la technologie automobile et Dieu sait si cela a changé en quelques années : du moteur à combustion interne, aux dernières boîtes de vitesses robotisées en passant par l’électronique et les transmissions, rien n’avait de secret pour cet épicurien de la voiture. Ses avis, pertinence et réflexions techniques ont toujours fait loi chez les plus grands constructeurs.

Paul était toujours consultant, entre autres, chez Porsche, Honda ou encore Mazda, tous trois réputés pour leur audace technologique.
Mais Paul était aussi journaliste, le plus grand, le plus réputé dans le monde automobile.
Bien sûr, il n’était pas le premier de la profession à faire de la course, mais le seul à avoir fait de la formule 1, à avoir gagné les 24 H du Mans et tant d’autres courses.

A toutes ses qualités qui ont pu asseoir une réputation amplement méritée, il faut ajouter les immenses qualités humaines de Paul Frère : toujours à l’écoute d’autrui, il savait prendre le temps de discourir avec une gentillesse et une simplicité qui forcent admiration et respect.

Quand nous lui avons demandé s’il acceptait de devenir le Président d’Honneur de notre association « Route Nationale 7 Historique », je lui ai exprimé la passion pour l’automobile qui nous animait, le respect que nous avions pour les amateurs de voitures anciennes mais aussi pour tout type de véhicule, de la 2 chevaux à la Bugatti, c’est sans hésiter que Paul a accepté.

Depuis 2001, il a toujours fait honneur de son titre pour nous rejoindre à Saint Raphaël, le week-end du Grand Prix de Monaco.

Et nous avons été fascinés par le personnage !

Durant ces 8 années, je me suis efforcé de lui trouver un cadeau original, photo inédite lors d’une course, modèle réduit d’une de ses voitures de courses, livre, etc.
Je me souviens aussi, lors d’une soirée de gala, avoir retracé la naissance et l’histoire de l’Equipe Nationale Belge, à laquelle Paul a largement contribué avec Johnny Claes et Olivier Gendebien, ou avoir résumé son parcours. Ensuite, Paul prenait la parole pour nous raconter telle ou telle anecdote qui avait émaillé sa riche carrière : dans un silence de cathédrale, 250 convives écoutaient religieusement, conscients du privilège de partager la soirée d’un hôte exceptionnel.

Paul nous a souvent fait rire, démystifiant le héros que nous imaginons tous : « Si j’ai refusé l’offre de Mercedes de piloter les fameuses 300 SL, c’est tout simplement que je les trouvais trop dangereuses ! » ou encore « Si j’ai accepté de rouler en 1957 sur la Renault Dauphine aux 12 Heures de Sebring plutôt que sur la Jaguar type D, et bien c’est parce que, après la course je pouvais garder la voiture 5 semaines pour parcourir les Etats-Unis » ; il fera 16.000km avec cette voiture à travers les USA.

On se souviendra aussi qu’en 1992, pour fêter ses 75 ans, Mazda lui prêtera sur le circuit du Castelet, le bolide victorieux des 24 Heures du Mans 1991. Il emmènera toute sa famille.

Paul nous racontera aussi de manière très humoristique que, lors de ses déplacements en Italie, il avait le privilège de pouvoir rouler « à sa guise » : chaque fois qu’il se faisait arrêter par les carabinieri, il présentait les documents demandés dans un étui qui s’ouvrait sur une photo de Paul en compagnie du Commendatore Enzo Ferrari devant l’usine de Maranello ; cela avait toujours suffi à son immunité !

En 2003, âgé de 86 ans, il nous racontera aussi qu’il s’est vu confier, lors des essais pour les 24 Heures du Mans, le volant de l’Audi R8 victorieuse l’année précédente : un tour de lancement, un tour chrono et un tour de décélération. Quand le verdict du chrono tombe, Paul est à 4 secondes de la pôle ! Chapeau l’artiste !

Il nous dira aussi que c’est « si facile avec les servos freins, la servo direction et les palettes au volants.
La Ferrari de 1960 allait certes moins vite, mais il fallait toujours faire le double débrayage, écraser les freins de toutes ses forces et la laisser sur la route. Les voitures de course modernes sont si faciles … ».
Voilà pourquoi il n’était pas rare de voir l’un ou l’autre de nos concurrents, la larme à l’œil quand Paul avait fini son discours sous les applaudissements de la traditionnelle standing ovation.

Paul était humain, proche de tous les amateurs. Il ne venait jamais nous rejoindre à l’hôtel sans avoir passé une demi-heure dans les parkings à s’émerveiller devant la Méhari, comme devant la Bugatti.

Nous nous sommes vus une dernière fois en décembre dernier, alors que je rentrais des reconnaissances du Monte Carlo Historique. Nous avions encore discuté plus d’une heure sur les Ferrari monoplaces des années 50, sur la qualité des Audi, notre passion commune pour les Porsche, la Nationale 7 2008, etc.

Tu avais toujours un mot gentil pour Mimi, notre secrétaire, et pour les amis que tu avais rencontrés sur le rallye.

Paul Frère a non seulement illuminé nos soirées sur la RN7 Historique mais il nous servira toujours d’exemple : comme nos amis Georges Hacquin ou Claude Dubois, qui eux aussi ont fait partie grâce à Paul de l’Equipe Nationale Belge, il fut le témoin et l’acteur d’une période où la passion et le pilotage l’emportaient sur les considérations financières.
Le sponsoring n’existait pas, les pilotes les moins doués se tuaient chaque week-end et les pilotes avaient un «vrai métier » qui leur permettait de vivre plus ou moins bien. Bien souvent, les usines leurs prêtaient une voiture et cela suffisait à leur bonheur.

Etait-ce mieux avant ? Quand on a connu un tel gentleman, on voudrait répondre par l’affirmative.

Est-ce que ce sera mieux après ?
On sait bien que la réponse est « NON »

Tout simplement parce que tu n’es plus là mon cher Paul.
Alors pour ceux qui ne te connaissent que trop peu, voici un résumé beaucoup trop bref de ton incroyable carrière.

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